Le Turk – Opera Mundi : la première œuvre dévoilée

Comme Mallarmé cherchait à résumer le monde dans un poème ultime, Le Turk poursuit le rêve d’une œuvre complète
à travers tout ce qui donne corps à ses chimères. «Tout dire. Tout montrer à partir de rien».

Ses personnages extravagants chahutent l’histoire. Les gargouilles flirtent avec les anges déçus. Le drame est sous-jacent
et parce que rien n’est grave, la légèreté s’invite dans les tours en ruine, entre deux jets de lumière.

Toute la singularité des tableaux photographiques de cet artiste complet.

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Le Turk, Ecce Homo#1, Opera Mundi.

Chaque photographie est constituée d’une multitude de photographies, dont les décors sont dessinés puis construits de toute pièce. Une technique qui inaugure un nouveau genre photographique et qui permet à cet artiste à l’énergie créatrice décuplée de décrire le monde, dans toute sa complexité, de la façon la plus exhaustive possible.

En attendant la présentation de la série au complet, la première pièce de la fresque Ecce Homo#1 (230 x 120 cm), est présentée à la galerie Bettina tout l’été. Cette photographie raconte un être humain fait de bric et de broc, fabriqué à la chaîne sous le regard d’un ange paumé. Homme fantasmé, soldat fusillé pendant la Commune, banquier ou touriste, la cartographie cynico-burlesque du monde d’aujourd’hui égraine des tableaux où l’artiste se met lui-même en scène.

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Le Turk, Ecce Homo#1, Opera Mundi (détail)


Réinventer le monde dans un coin d’atelier : un artisanat pur


Dessinateur et décorateur, Le Turk prend l’appareil photo comme un peintre, son pinceau.

«Faire des polas de ses petits dej’, ça n’intéresse personne», lance Le Turk, à peine sorti du métro avec une maquette bricolée sous le bras. Sur le plastron de sa veste, des médailles aux rubans multicolores jouent des coudes avec un pin’s de cachou Lajaunie. Un personnage sorti d’un comix, tout juste 32 ans, qui écoute Bach, en admirant des toiles de Bruegel et Bosch.

«Je devais m’extraire d’un processus de fabrication devenu ennuyeux. Il fallait que j’aille au-delà du simple shoot», explique-t-il. Extirpé de la routine, confronté à un nouveau défi à sa mesure, il se lance avec frénésie dans une nouvelle aventure. Les deux bouts de décor sauvés de sa dernière série lui donnent des ailes.

Avec trois fois rien, comment recréer les décors qui débordent de ses fantasmes ? Partir de rien et recréer l’essentiel. Réinventer le monde dans un coin d’atelier. Cette frénésie de créer, de raconter le monde via un médium rapide et efficace, c’est ce qui caractérise les photographies signées Le Turk.

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Le Turk, Ecce Homo#1, Opera Mundi (détail)

Tour à tour dessinateur et décorateur, Le Turk prend l’appareil photo comme le peintre son pinceau et commence à donner corps à sa création. L’ébauche des premiers dessins laisse place à un vaste chantier de construction, dans son atelier de Leipzig, la ville de Bach et Wagner.

Entre une carcasse de navire, un spectre de la Porte des Enfers de Rodin et une mappemonde de carton-pâte, Le Turk crée, entouré par toute une équipe d’artisans entraînés dans la même énergie. Les anges aux cheveux bleus et les personnages de cirque s’entrecroisent. Il ne réfléchit plus il avance. Il révèle, avec de la lumière et les techniques d’aujourd’hui, le théâtre des hommes, Opera Mundi.

«Parfois, Le Turk ne réapparaît pas quelques jours et ça me fait flipper, murmure-il. Sans lui, Sébastien Salamand est un minable. C’est un citoyen lambda qui a envie de trucs calés, gentils et sympas. Le Turk, lui, se permet tout. Il arrête de réfléchir, il fonce et s’adapte à tout. C’est lui qui a envie et qui crée. Moi, je lui donne ce dont il a besoin».

Cet artiste à l’énergie créatrice décuplée fonce avec un objectif : décrire le monde, dans toute sa complexité, de la façon la plus exhaustive possible. Le pari est fou. Jamais trop insensé pour ce Méliès du XXIe siècle nourri de défis.


A découvrir également à la galerie,
d’autres photographies de ses précédentes séries.

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Le Turk, La Commune, La chute des Empires, 2013.


Galerie Bettina Von Arnim.
2, rue Bonaparte – 75006 Paris – Tél : + 33 1 46 33 72 98
Lundi-Samedi 14h/19h